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Simonne Caillot, la passionaria du bocage, marche pour sauver les haies
Article paru dans Le monde du samedi et dimanche 6/7 janvier 2001

5/1 : de Jumelles aux Gâtines Rouges © photo : Tatiana Junod-Valera
5/1 : de Jumelles aux Gâtines Rouges
 © photo :Tatiana Junod-Valera (archives personnelles AHVE)

Sous une pluie vacharde, pataugeant dans les fossés des routes départementales, traversant des labours gorgés d'eau, Simonne Caillot va son chemin vers Paris. Cette ancienne enseignante âgée de cinquante ans marche dans la campagne, à raison de 25 kilomètres par jour - elle qui déteste la randonnée. Le décor noyé qui défile devant elle la désole, mais affermit son pas et renforce sa résolution.
Elle porte vers la capitale une revendication : que soit réformée au plus vite la loi sur la réorganisation foncière agricole, qui autorise le remembrement autoritaire. "Les haies, les arbres sont essentiels à la vie, on le voit bien aujourd'hui, alors que les rivières débordent un peu partout : il faut d'urgence arrêter le carnage", explique-t-elle.

La militante espère atteindre l'Assemblée nationale lundi 8 janvier, au terme d'un périple de 330 kilomètres. Elle est partie le 26 décembre 2000 de Geffosses (Manche), bourg niché au milieu du bocage normand, ou plutôt ce qu'il en reste. Ici, comme ailleurs, depuis les années 60, des milliers de kilomètres de haies et des dizaines de milliers d'arbres ont payé le souci de rationalisation des exploitations agricoles.

Légitime quand les paysans français crevaient de ne pas pouvoir mener un tracteur dans des chemins trop étroits ou manoeuvrer une moissonneuse-batteuse entre les pommiers, le remembrement a conduit à des abus qui poussent l'Union européenne à financer l'érection de nouveaux talus là où ils ont été arasés il y a peu... contre subventions. Les petits ruisseaux font les grandes rivières. En ces temps d'innondations, les vieux proverbes refont surface. Et certains combats passéistes réapparaissent soudain parés de modernité.

Deux ans et demi dans sa voiture
La vocation de madame Caillot date de 1989. Propriétaire de deux hectares, cette citoyenne jusque là très discrète s'oppose au projet de remembrement qui frappe sa commune. "Au début, je pensais que c'était une bonne chose, et puis je me suis aperçue que le but était de favoriser certaines personnes, raconte l'intéressée.  La nouvelle répartition des terres provoquaient des injustices inacceptables." Sa contestation s'inscrit alors dans le cadre des sourdes luttes qui déchirent les campagnes depuis des décennies au sujet du redécoupage administratif des parcelles, sur fond de jalousies plus que d'écologie. A Geffosses, foyer de résistance particulièrement vivace, un monument sera même érigé aux victimes du remembrement. Cette outrance et la mesquinerie de certains des opposants renforcent alors l'idée d'une entreprise d'arrière-garde.

Madame Caillot s'investit pourtant totalement dans cette cause. Le 19 juillet 1990, elle gare son AX Citroën devant la préfecture, à Saint-Lô : la contestataire campera pendant deux ans et demi dans sa voiture, entrant au passage dans le guide Guinness des records. Elle effectue deux grèves de la faim, dont une de près d'un mois. Elle crée une association baptisée Arbre, haie, vie, eau, environnement (AHVE).
Avec le temps, son discours se fait moins nombriliste. Elle se rapproche des écologistes qui tirent la sonnette d'alarme sur les conséquences environnementales des massacres à la tronçonneuse. Ce soutien, comme ceux reçus sur les bords de sa route, la renforce dans son opinion. N'en ferait-elle pas un peu trop cependant ? "Sauver les paysages, ça vaut quelques efforts, non?".
 
 

                                                          Benoît Hopquin
 

Voir aussi : marche de Geffosses jusqu'à Paris

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http://www.sosremembrement.com/presse/2001/lemonde.html