Exposé
des motifs
La loi portant
création du remembrement rural autoritaire répondait
au souci de l'époque d'accroître les rendements agricoles,
et, pour atteindre cet objectif, d'obtenir, par des échanges,
la constitution de grandes parcelles d'un seul tenant permettant
une culture intensive ainsi que la remise en valeur des terres en
jachère et des terres sous-exploitées ou inexploitées.
Au vu de ses résultats, de ses conséquences, de l'évolution
générale de l'agriculture et de la société,
il est nécessaire de s'interroger sur l'opportunité
du maintien de cette loi contraignante, coûteuse, aux effets
extrêmement néfastes, pour les raisons suivantes :
1)
Le souci du plein rendement agricole a conduit à une surproduction
coûteuse et difficile à écouler. En conséquence,
l'Union européenne a été dans l'obligation
de prendre des mesures afin de diminuer cette production et à
la ramener à un équilibre plus conforme aux besoins
du monde moderne. De ce fait, les raisons mêmes du principe
du remembrement deviennent caduques.
2)
La prise de conscience des problèmes de l'environnement
s'est imposée au cours de ces dernières années
et justifie une remise en cause des procédures ne tenant
pas assez compte de la protection de la nature. II faut reconnaître
que les effets du remembrement n'ont pas été satisfaisants.
L'équilibre de la nature a été partiellement
détruit, notamment par la suppression des petites digues
que sont les talus patiemment érigées au fil des
siècles, par les modifications apportées à
l'écoulement des eaux, l'assèchement des zones humides.
La suppression des haies, entre autres, diminue la biodiversité,
détruisant l'habitat de la flore, de la faune sauvage,
et la protection des animaux de ferme élevés à
l'herbe. De nombreux incidents ont été constatés
après remembrement (déforestation, inondations rapides,
perte de l'humus).
3)
Le souci de la concertation et l'esprit des Droits de l'Homme
(principe d'égalité, principe de précaution,
droit de propriété), ont fait, ces derniers temps,
de larges progrès dans l'opinion publique. Nous sommes
maintenant en droit de nous interroger sur le maintien de procédures
autoritaires passant outre les légitimes préoccupations
des protecteurs de la nature, des propriétaires, des exploitants
agricoles qui sont en désaccord avec les décisions
définitives d'une opération de remembrement. De
très nombreux litiges encombrent les tribunaux administratifs,
cours administratives d'appel, Conseil d'Etat, sans apporter satisfaction
aux justiciables.
4)
Ces aménagements fonciers favorisent en fait les grandes
exploitations, portant atteinte aux petites propriétés.
Ils activent ainsi le mouvement de déclin des petites communes
rurales. Cette politique est aujourd'hui en contradiction avec
les tendances nouvelles de l'aménagement du territoire
qui souhaitent le repeuplement des espaces ruraux. Actuellement,
le faible nombre d'exploitants rend cette procédure injustifiée
et inutile.
5)
Ces soixante dernières années de très nombreux
textes ont tenté de pallier aux abus des remembrements.
Vainement. Les iniquités intrinsèques au système
continuent. Elles entraînent des cassures sociales, une
méfiance accrue vis-à-vis des politiques, de la
justice et de l'administration (dont certains fonctionnaires perçoivent
légalement des pourcentages sur le montant des travaux
de remembrement qui sont des travaux publics). De plus, la tendance
actuelle est à la clarification du droit, afin de le rendre
moins obscur pour le justiciable et pour les juges. Une simplification
du code et de ces procédures est indispensable.
6)
La suppression de l'actuelle loi sur le remembrement ne risque
pas de créer un vide juridique, les procédures classiques
de droit français permettant de faire face aux besoins.
Ces procédures présentent l'avantage d'être
mieux admises par l'opinion publique en ce qu'elles prennent davantage
en compte les droits du propriétaire. Quant aux échanges
de terrains, ils peuvent s'effectuer à l'amiable, sans
recourir à des procédures par trop contraignantes.