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Célébration
du 7ème anniversaire de l'édification
du Monument National à la Nature et aux Victimes des
Remembrements
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Geffosses - 27 juillet 2001. Son et lumières sur le monument.
Photo : Tatiani Junod-Valéra
Extraits des paroles prononcées par Armand Legallais - 27 juillet 2001
Succédant à Raymond Hole, Armand Legallais est le nouveau Président de l'association du MonumentChers amis,
Soyez vivement félicités d'être venus aujourd'hui à Geffosses pour commémorer le septième anniversaire de l'édification du monument. Ce monument est le symbole de notre volonté de résistance, face à la puissance écrasante du système administratif.
Du plus petit au plus haut niveau, les élus peuvent devenir dangereux dans l'exercice de leur mandat quand ils ne remplissent pas correctement leurs devoirs élémentaires dans la société.Le monument, notre monument a plus que jamais sa place, toute sa place, pour clouer au pilori les abus de pouvoir dans une république en PANNE.
Que penser des députés ou sénateurs qui ont fermé les yeux, sans état d'âme, devant les manifestations des victimes des remembrements ?
Que penser des conseillers généraux qui, avec l'argent public allouaient (allouent) d'énormes subventions et restaient indifférents devant des agissements véreux qu'ils ne pouvaient pas ignorer? Que penser de certains ingénieurs de la DDA (direction départementale de l'agriculture) qui ont fait pleurer tant de petites gens dépossédés de leur meilleure terre malgré eux ?
Que représente la Constitution dans des pareilles circonstances quand la droiture est foulée aux pieds ?Les textes de lois relatifs aux remembrements sont déjà anciens et sont restés assez longtemps en sommeil. Pourquoi des décisions impératives de remembrement ont-elles été prises il y a quelques décennies ? C'est parce que, à l'époque, des projets avaient été programmés par des gouvernements pour faire augmenter fortement le volume de la production agricole afin de pouvoir exporter des denrées alimentaires pour faire rentrer des devises étrangères et amplifier le commerce international.
On entrait dans le dirigisme : système dans lequel l'ETAT (l'administration) se superpose aux initiatives privées pour diriger la production.
Pour être en compétition dans l'exportation, il fallait faire baisser les prix de revient et donc diminuer le nombre d'agriculteurs. Transformés en bêtes à produire, ceux qui s'accrochaient à leur profession plongeaient dans l'endettement. L'apparition d'une mécanisation moderne était propice à la mise en application de ces décisions et également propice au système bancaire qui prêtait de l'argent pour acheter le matériel agricole nouveau. Retroussons nos manches et travaillez dur ! Dans nos campagnes, avant la mécanisation, la vie suivait le rythme de la nature. On ne labourait pas la nuit et on prenait le temps d'accueillir le visiteur. Le temps ne comptait pas car personne n'était endetté. Le travail était parfois pénible, mais les productions étaient vendues à leur juste valeur de l'offre et de la demande, récompense logique du savoir faire et du courage.
La paperasserie n'existait pas, la production était naturelle. On prenait le temps de bien faire. On s'entraidait entre voisins pour accomplir les travaux où il fallait être plusieurs (ces grandes journées d'entraide s'appelaient les corvées). Les corvées se passaient dans une ambiance très amicale et, après le repas du soir, les conversations laissaient la place aux chansons. De tous ces petits paysans, il en était peu qui auraient imaginé accomplir un acte que la morale aurait reprouvé. La baisse organisée des revenus qui obligeait à produire toujours d'avantage conduisait les agriculteurs à l'achat imprévu de matériels d'exploitation performants et les contraignait à emprunter de l'argent aux banques. Cet endettement lourd et les satanés remembrements ont détruit et pour longtemps la familiarité qui se dégageait de la vie laborieuse de nos campagnes.
De nos jours, on laboure le jour et la nuit - il faut rembourser les emprunts - alors marche ou crève. Ce qui était des corvées n'est plus qu'une entraide rapide lors des ensilages où le rythme de la machine commande, et les dialogues ne sont plus les mêmes et puis, les remembrements ont, parfois et trop souvent, détruit les bons rapports de voisinage et quand on ne se parle plus, on fait appel à une entreprise de travaux agricoles.
Quelle tristesse. Quel état d'esprit peut avoir un jeune agriculteur quand il entend parler de nappes phréatiques polluées par ses méthodes de productivité auxquelles il est difficile de se soustraire pour survivre. Que pense-t-il de la mal bouffe ? Coincé dans des endettements il n'a plus qu'un but : rembourser ses emprunts. C'est une vie peu enviable. Il est trop seul et il n'a pas la possibilité de faire tout bien, il supporte les conséquences de décisions politiques des gouvernements d'une époque où il n'était peut-être pas né.Triste héritage. Combien seront-ils encore dans 20 ans ?
La FNSEA (syndicat agricole) qui a toujours collaboré très étroitement avec les DDA pour imposer les remembrements a eu, elle aussi son heure de gloire dans la destruction des petites exploitations, donc dans l'élimination, dans l'extermination des petits paysans.
Si aujourd'hui les agriculteurs en place connaissent une solitude démoralisante c'est aussi la conséquence des agissements des magnats des syndicats.
Avec la disparition des petits paysans nous sommes entrés dans l'ère de la mal bouffe, car c'étaient eux qui produisaient des denrées alimentaires de qualité.
La transmission du savoir-faire ancestral dans une production globale, savoureuse et saine ne se fera probablement plus. Les prix des produits agricoles décidés par les technocrates, n'ont rien de comparable avec les prix de revient et sont insuffisants. La compensation des bas prix est, en principe, opérée par le versement de subventions. Une aubaine pour les gros exploitants. Technique inopérante pour les petits.
On entend, de temps en temps, le ministre de l'agriculture expliquer que 80 % des subventions sont octroyées à moins de 20 % des agriculteurs : magot ou clopinettes. Or, rien ne change et tout vacille. Résistance active et solidaire, face à un système administratif agricole qui, jour après jour, mène une grande partie de la population vers un abîme de misère. Comme au temps des seigneurs.
Que chacun se souvienne bien de l'épigramme gravée sur la stèle posée au pied du monument : "C'est parce qu'ils ont subi la tyrannie du système administratif que des Hommes ont édifié ce monument, opprimés et déçus, mais debout pour défendre LA LIBERTE ET LES DROITS DE L'HOMME".
Le discours de Claude Vallée
Président de l'AMARANous voilà ici
Nous sommes au cur du bocage. Au cur du bocage normand. Notre bocage.
Les dernières vagues de terre achèvent ici de s'effacer, juste en approchant de la mer La mer, ici partout présente et dont, par une nuit de grand silence, on pourrait entendre jusqu'ici, l'écrasement des vagues sur les grèves. Ou bien les murmures et les grondements La mer d'où nous arrivent sans cesse, les vents en rafale, et les pluies battantes qui plaquent les terres, les creusent, les ravinent invisiblement puis les emportent peu à peu en d'interminables érosions.Face à ces dangers, les paysans des premiers âges ont imaginé cette étrange machine, le bocage C'est quoi le bocage ?
Explique- moi, toi qui te voudrais aussi savant, aussi connaisseur des secrets que ces paysans des premiers âges?
Soit ! Alors laisse-moi t'expliquer, toi, toi qui es l'homme des âges nouveaux. C'est-à-dire un homme qui a oublié tant et tant de mille choses que ceux d'autrefois connaissaient et qui nous font tellement défaut aujourd'hui ! Si gravement et si cruellement défaut que tu commences à t'en douter, ton avenir, notre avenir, nos avenirs à tous en seront cruellement blessés. Peut-être mortellement blessés, qui le sait ?
Donc, laisse-moi te dire le bocage.
Puisque tu es ici, regarde bien autour de toi Tu aperçois le réseau des arbres, des talus et des fossés.
Il y a d'abord les arbres de hauts jets, certains trapus et ronds, d'autres élancés, imitant le mouvement des peupliers ; puis au-dessous, une plus humble troupe, celle des aulnes, des aunelles et des peupliers. Fais d'ailleurs attention, les jours de grand vent, ce sont eux qui courbent le dos, qui offrent les premiers aux rafales leurs petites résistances opiniâtres, têtues. Ils cassent ainsi la puissance des coups de vent, protègent les frênes, les hêtres et les chênes, hauts dressés, orgueilleux bien sûr mais en réalité si fragiles et qui se brisent tout à coup comme du verre.
Mais ne regardons pas seulement le bocage comme une immense machine à entretenir et à protéger la diversité de la vie L'homme, lui, avait besoin d'espaces pour installer ses cultures, ses herbes, ses blés, ses avoines ; mais au prix d'un appauvrissement des sols chaque espèce n'offrant que 2 ou 3 variétés d'herbes ou de céréales. Alors il a imaginé de laisser pousser non loin, les hautes haies du bocage.
La haie grouille d'une diversité de vie comme à la lisière d'une forêt. Et ce grouillement compense la pauvreté des champs d'alentour, installe partout de fragiles et féconds équilibres, sans cesse menacés mais sans cesse réinstallés.
Tout cela a perduré pendant des siècles et des siècles. A perduré Notez bien le verbe au passé. Très, très, au passé. Car les hommes d'aujourd'hui, si intelligents, si instruits, si imbus de raison raisonnable et raisonnante se sont mis à envisager les choses d'une autre façon (au terme de raisonnements interminables, difficiles et compliqués, bien sûr !).
Dans leur sagesse ils se sont dit que tout cet espace réservé aux talus et aux haies était de l'espace perdu. De l'espace inutile, improductif C'était évidemment des esprits supérieurs, sortis d'écoles non moins supérieures, sans quoi ils n'auraient pas pu s'apercevoir de choses aussi évidentes.
Heureusement qu'ils étaient là et c'est pour ça que la planète entière est aujourd'hui en train de mijoter dans son jus. Et de s'asphyxier sans rien dire.
Le résultat de toutes ses considérations ce fut à nos propres portes, et entre autre chose, le remembrement. On a arraché la terre à ceux qui la cultivaient. On l'a donnée à d'autres, forcément les plus puissants.
On a rasé les talus et les haies.
On a comblé les fossés.Seulement voilà, ici à Geffosses, partout ailleurs dans la Manche, ça n'a pas marché tout à fait comme prévu. Des gens se sont dressés, nombreux, décidés. Ils ne sont pas toujours arrivés à leur fin, mais ils ont fait bouger la machine, ils l'ont ébranlée ; parfois ils ont réussi à la jeter dans un creux. Et d'associations en associations, de villages en villages, de cantons en cantons, la dite machine s'est donc grippée, enrayée, partout des hoquets l'ont ralentie de plus en plus.
Pas assez pour gagner, mais assez pour pouvoir imaginer que dans un temps plus ou moins éloigné elle s'arrêtera définitivement.Alors le grand bocage à faire vivre, à produire de la vie, à protéger la vie, sera sauvé
Voir aussi : marche de Geffosses à Paris pour l'obtention d'une loi remembrement et d'une loi bocage
http://www.sosremembrement.com/realite.html